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Une future ligue professionnelle de flag football au Canada?

  • Photo du rédacteur: Mikael Hévey
    Mikael Hévey
  • 13 mars
  • 6 min de lecture

Ce n’est plus une question de si, mais plutôt de quand la National Football League (NFL) va instaurer sa nouvelle ligue de flag football qui permettra non seulement aux hommes une alternative au football comme on le connait, mais également aux femmes qui aimeraient poursuivre au niveau professionnel après la fin de leurs études.


Football Canada
Photo: Jules Regimbald - Les joueuses s'exercent lors du camp régional de détection de talent organisé par Football Canada à Rigaud le 8 mars dernier.

« Nous explorons de manière intensive la possibilité de créer une ligue de flag football professionnelle autant pour les hommes que pour les femmes », avait annoncé le commissaire de la NFL Rodger Goodell lundi le 3 février dernier, lors d’une conférence de presse en marge du Super Bowl 59 en Nouvelle-Orléans.


Vous avez probablement vu au tout dernier Super Bowl la fameuse publicité créée par l’agence de marketing 72andSunny après le spectacle de la mi-temps, regroupant entre autres Justin Jefferson et Myles Garrett qui s’intitule : « NFL FLAG 50 : Leave the past behind. Let's make girls flag football a varsity sport in all 50 states ». (Cliquez pour voir) 


On peut y voir la jeune Ki’Lolo Westerlund, vedette du flag aux États-Unis, qui incarne le rôle de « la nouvelle » à son école dans les années 80 et qui accepte le défi d’affronter l’équipe des garçons, et ce, avec succès! Westerlund évoluera d’ailleurs à l’Université d’Alabama State à partir de l'automne 2025, après avoir réalisé l’exploit d’être devenue la première étudiante-athlète à recevoir une bourse d’études complètes pour le flag football dans la National Collegiate Athletic Association (NCAA) en division 1.


L’initiative américaine

Présentement, aux États-Unis, 14 états ont reconnu le flag football féminin comme étant un sport élite dans leurs high schools selon la NFL. La Floride, la Californie et New York font notamment partie de cette liste. 18 autres ont des projets pilotes en cours, comme le Texas, l’Ohio et la Caroline du Nord. Il faut savoir qu’en 2023, toujours selon la ligue, c’était environ 474 000 jeunes filles entre 6 et 17 ans qui pratiquaient le sport à travers le pays.


La mission de la NFL est claire : faire en sorte que d’ici les Jeux olympiques de 2028 à Los Angeles, moment d’inauguration du flag aux JO soit dit en passant, que les 36 autres états emboîtent le même pas pour permettre à toutes les jeunes joueuses d’avoir la reconnaissance de pratiquer un sport élite. 


Et dans la NCAA, c’est un total de 65 écoles qui offrent le flag aux étudiantes-athlètes de niveau club ou élite. D’ailleurs, le 12 février dernier, le comité athlétique des femmes de la NCAA a fait la recommandation aux divisions 1, 2 et 3 pour que le flag rejoigne le programme des sports émergents du côté féminin. Lorsque le sport aura rejoint cette liste, il faudra notamment un minimum de 40 universités qui reconnaissent le flag comme un sport élite dans leurs institutions pour ainsi obtenir un championnat au prestigieux réseau universitaire américain.


Le Canada traîne de la patte

Nous avons demandé à la Ligue canadienne de football (LCF) de réagir aux propos de monsieur Goodell mentionnés plus haut. La ligue ne nous a pas accordé d’entrevue, mais a tout de même tenu à souligner ceci : « L’ajout du flag-football aux Jeux olympiques de 2028 à Los Angeles représente une occasion importante de faire progresser le sport à tous les niveaux. La LCF explore activement les possibilités de faire progresser le flag-football au Canada, afin de nouer des liens avec davantage de jeunes et de communautés et de jeter les bases d’un avenir meilleur pour le sport du football en général. »


D’après l’ancienne quart-arrière vedette de l’équipe de flag de l’Université de Montréal, Sandrine Gobeil-Huot, la réponse de la LCF est plutôt conservatrice : « On le voit depuis quelques années, les États-Unis sont en avance sur nous dans la progression du sport (notamment avec la nouvelle de la NCAA). Le Canada est très en retard si on se compare à eux. »


Sandrine Gobeil-Huot
Photo: Jules Regimbald - Sandrine Gobeil-Huot (à la droite de la quart-arrière Élisabeth Ashkar sur la photo) a maintenant le rôle d'appeler les jeux offensifs de l'Université de Montréal au flag.

Selon les chiffres officiels que nous avons pu obtenir de la part de Football Canada, 27 500 personnes ont pratiqué le sport du flag football en 2024, dont 81% sont originaires du Québec.


« La majorité de nos clubs canadiens actuellement ne sont pas reconnus comme un sport élite par leurs institutions (seulement les Citadins de l'UQAM au Québec le sont) et les autres provinces ont du retard en comparaison à la nôtre, » explique Sandrine.

« Avec l’expansion du sport ainsi que son arrivée aux JO, je trouve que les joueuses méritent une ligue professionnelle. Par contre, puisque c’est un sport majoritairement féminin et que le football est plus populaire au Canada, le flag reste secondaire. »


Un engouement au Québec

Au Québec, les chiffres du plus récent dépôt du rapport annuel du Réseau du sport étudiant du Québec (RSEQ) 2023-2024 prouvent que ce sport au niveau scolaire est en très grande santé. Une augmentation de 191% du nombre de participants au cours des 10 dernières années, passant de 7 635 à 22 248 joueurs, du jamais vu dans l’histoire de la province tout sport confondu.


Le flag est le 5e sport scolaire le plus pratiqué au Québec, devançant le football, l’athlétisme et le hockey pour ne nommer que ceux-ci. De 2022 à 2023, c’est 4 755 personnes qui se sont ajoutés aux ligues de flag scolaires, collégiales et universitaires.


L’entraîneur-chef et coordonnateur défensif de l’équipe de flag football de l'Université Concordia, Alexis Labonté, croit que la création de la ligue universitaire en 2021 y est pour beaucoup : « Ça a donné un espoir de plus aux filles de poursuivre. Le fait pour les joueuses collégiales de voir qu’elles peuvent compétitionner avec celles des rangs universitaires à divers tournois, c’est une motivation de plus. »


Alexis Labonté
Photo: Jules Regimbald - Alexis Labonté, lors du camp régional de détection de talent à Rigaud le 8 mars dernier.
« Les filles du secondaire pensent déjà à jouer après le cégep au niveau universitaire. »

Sandrine y va dans le même sens, ajoutant que le rêve olympique donne une motivation supplémentaire aux joueuses. Elle insiste aussi sur le fait que le développement dès un jeune âge est plus important que jamais.


« Il faut continuer de redonner à la jeunesse, notamment avec la création d'équipes et de cliniques d'entraînement pour les enfants. La promotion des ligues, autant celles pour le plaisir que celles compétitives, est également importante pour l'essor et le niveau de compétition du sport. »


Du talent à revendre

Au dernier championnat international de flag de la NFL présenté lors de la fin de semaine du Pro Bowl, l’équipe Flight School fondée en 2017 à Montréal, composée de jeunes garçons et de jeunes filles de 12 ans et moins, représentait les couleurs du Canada et ont remporté la finale face au Japon par la marque de 28 à 0.


Au niveau dit « pro », on a vu les équipes féminines de SubZero et de Cayenne (avec qui Sandrine évolue), composées de joueuses actives et anciennes du niveau universitaire québécois, êtres couronnées championnes des catégories « air-it-out » et « non-contact » au récent championnat du monde de Tampa en janvier.


« Quand on joue aux États-Unis, on sait que les Américaines sont d’excellentes athlètes et que leur niveau de jeu est très élevé vu leur énorme bassin de joueuses », me dit-elle au téléphone. 


« Lorsqu'on gagne des tournois (les équipes québécoises surtout) comme ceux aux Worlds par exemple face aux équipes américaines, ça prouve qu’on a ce qu’il faut pour les vaincre et que le Canada mérite sa place aux JO, ce qui est très encourageant. »

Une potentielle ligue professionnelle?

Après l’arrivée de la Ligue professionnelle de hockey féminin (LPHF) en 2024, l’arrivée de la Super ligue du nord (SLN) en 2025 ainsi que des intentions de la NFL pour le flag football, peut-on imaginer un jour une ligue de flag professionnelle naître au pays?


« Si nous étions les premiers [au Québec] à créer une ligue professionnelle ou semi-pro, ça pourrait intéresser le reste du Canada ou même la LCF à faire de même », mentionne Alexis Labonté, qui affirme également que notre province a le bassin de joueuses et d'entraîneurs pour le faire. 


« Ça prend quelqu’un qui veut gérer une ligue, qui a des contacts, de la crédibilité pour rassembler les gens, qui a accès aux amphithéâtres, puisqu’il y a un immense enjeu de disponibilités de terrains synthétiques l’hiver au Québec. Je crois qu’il y a beaucoup de gens connectés, passionnés et qui ont du temps pour mettre sur pied une ligue, reste à voir qui et comment. »

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